Unanimement respecté, inventif, unique, IAM est le groupe de rap français le
plus connu, et à juste titre. À eux seuls, les Marseillais d'IAM offrent une
alternative de poids à la centralisation du hip-hop en région parisienne.
Farouche défenseur de son identité marseillaise et de sa culture
méditerranéenne, IAM est en même temps un groupe pionnier. Marseille, comme
tous les ports, a permis aux derniers développements du funk de débarquer
avec les marins américains, quasiment en temps réel, sur la Cannebière.
En même temps, les attaches familiales de Chill (le futur Akhenaton) à New
York lui permettent de partir chaque été de ce milieu des années 80
s'imprégner du hip-hop aux États-Unis. À Marseille, Chill (Philippe
Fragione, origine sicilienne) ne pouvait que tomber sur Eric Mazel
(d'origine espagnole et marseillaise), un Dj pour qui la chasse au vinyle et
sa manipulation est une nécessité hystérique. Ils forment Lively Crew vers
1986, qui deviendra B Boy Stance vers 1987 quand ils rencontrent Jo
(Geoffroy Mussard, d'origine malgache et réunionnaise), un danseur qui se
met au rap. En 1989, IAM (Impérial Asiatic Man, Indépendantistes Autonomes
Marseillais ou Invasion Arrivée de Mars, au choix ... ) est né et au
complet, avec Pascal Perez (né à Alger, d'origine pied-noir), un peu plus
âgé, ancien instituteur et rocker qui manie synthés, samplers et
programmations, et les deux danseurs Malek Brahimi (d'origine algérienne) et
François Mendy (d'origine sénégalaise).
Déjà fortement mystiques, ils vont prendre des pseudonymes égyptiens ou
exotiques : Chill devient Akhenaton, le premier pharaon monothéiste, Eric
devient Kheops, Jo devient Shurik'n Chang Ti (le shuriken est une arme de
jet dans le kung fu, Jo pratique les arts martiaux depuis longtemps, et se
réfère à la philosophie taoïste), Pascal prend le nom d'Imhotep, Malek celui
de Sultan et François celui de Kephren.
Chez leurs amis du Massilla Sound System, ils enregistrent la cassette
Concept fin 1989. Cette cassette, première réalisation du jeune label de
Massilia, ne sera diffusée qu'à quelques centaines d'exemplaires, mais aura
un impact énorme, jusqu'à Paris, où elle impressionne fort les futurs NTM et
Solaar. Par un concours de circonstances, IAM ne figure pas sur la
compilation Rap attitude, mais il signe un contrat avec son producteur,
Label Noir, et Virgin Éditions, et enchaîne tout le long de l'année des
concerts clés ; ouverture du Virgin Mégastore de Marseille, premières
parties des concerts de Madonna à Bercy, de Public Enemy à Marseille, des
Rita Mitsouko à la Cigale, Transmusicales de Rennes...
Au printemps 1991, IAM, dont la réputation est déjà grande, sort enfin son
premier album De la planète Mars... Ils vont le promouvoir tout au long de
l'année 1991, avec les singles marquants Red Black & Green et Tam-tam de
l'Afrique, avant de signer un nouveau contrat chez Delabel. Entre
Aix-en-Provence et New York, ils concoctent, tout au long de l'été 1993, le
double album Ombre et lumière, qui sort en novembre, précédé du EP d'inédits
comprenant Donne-moi le micro. Début 1994, le single Je danse le mia, un
petit chef-d'oeuvre d'humour et de chronique sociale, commence doucement sa
carrière. Sa version rejouée de George Benson (Give me the Night) renforcée
par le clip parfait de Michel Gondry, va en faire le tube de l'année.
L'album, propulsé par cette locomotive, atteindra les trois cent mille
exemplaires, et six cent mille pour le maxi.
D'un coup, IAM passe dans la catégorie "grosse vedette française", et les
médias, dans un élan commun, se jettent sur le groupe, qui sait faire face
en restant, évidemment, ancré à Marseille, et en choisissant judicieusement
ses apparitions télévisées, ("Taratata", "Envoyé Spécial", ou Arte, etc.).
Avec cependant une participation à un "Coucou c'est nous" où ils sautent sur
des ballons avec Dechavanne, épisode qui leur vaudra de nombreux reproches
des intégristes du milieu hip-hop, auxquels ils répondront par le morceau
Reste Underground sur la face B de Le Feu, autre hymne, emprunté aux
supporters de l'OM du stade Vélodrome, qu'ils popularisent et qui depuis est
chanté sur tous les stades de France.
La tournée " Le dragon s'éveille tour " est un triomphe, avec deux concerts
homériques à l'0lympia de Paris et en février 1995, ils remportent la
Victoire de la Musique, " groupe de l'année ", et font encore une fois
preuve de leur intégrité en chantant Sachet Blanc, un terrible réquisitoire
contre la drogue, plutôt que le consensuel et bon enfant Mia, devant le show
biz ébahi. Après cette année bien remplie, IAM annonce un break, le temps de
sortir chacun un album solo. Le premier à aller au bout du projet est
Akhenaton, avec Métèque et Mat en octobre 1995, un album salué par toute la
critique comme le meilleur disque de rap de l'année, avec les textes les
plus aboutis de l'histoire de cette musique. L'Américano, La Face B et Bad
Boys de Marseille, chaque fois dans des versions enrichies et couplées à des
inédits en seront successivement extraits.
La fin de 1996 est consacrée à l'enregistrement, à New York, puis à Paris,
du troisième album d'IAM, L'école du micro d'argent, qui sort début 1997,
avec des invités américains. De nombreux titres seront extraits en single,
accompagnés de remix et d'inédits, le tout dans un triomphe sans précédent,
accompagné de Victoires de la Musique.
De
1997 à 2003, chaque membres du groupe enchaîne les succès en solo.
Après AKH, c'est au tour de Shurik'n, puis de Freeman, de Kheops et même
d'Imhotep de faire un bout de chemin seul, avec des albums qui feront encore
du bruit dans le rap français. En 2002, Akhenaton sort son second opus solo,
un petit bijou aux yeux des puristes dont je fais partis, bref la cité
phocéenne reste sur le trône du rap hexagonal.
En 2003 le 4éme
album sort, et comme a leur habitude depuis plus de quinze ans
c'est tout
simplement du bon, avec des featurings de rêve (Method Man, Redman, Beyonce).
Voila malgré les ans, le groupe est encore bien vivant, la preuve se trouve
dans "Revoir un printemps"...
(Voir Les Membres)
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